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L’or pourrait retrouver les faveurs des investisseurs

Dans un entretien, Mario Geniale, responsable de la politique de placement de la Banque CIC (Suisse) et spécialiste de la gestion de portefeuille, évoque les évolutions actuelles sur les marchés.

Dans un entretien, Mario Geniale, responsable de la politique de placement de la Banque CIC (Suisse) et spécialiste de la gestion de portefeuille, évoque les évolutions actuelles sur les marchés.

1. Les marchés boursiers se sont effondrés début février partout dans le monde. Faut-il s’attendre à d’autres fluctuations de cours importantes en 2014 ?

M.G. «L’effondrement était à n’en pas douter un avant-goût de ce qui nous attend en 2014. Dès le début de l’année, nous avions affirmé que le marché serait plus volatil par rapport à l’an dernier. Une volatilité plus importante offre des opportunités plus intéressantes, notamment en ce qui concerne les produits structurés. Sur une longue période, le marché des actions a constamment progressé dans une fourchette étroite. Il n’est guère surprenant que les investisseurs « Buy and Hold » purs soient inquiets après le récent effondrement. Nous conseillons de réduire les risques et de donner une orientation plus défensive aux placements sans nécessairement changer la quote-part investie. Une correction temporaire de l’ordre de 10 % par rapport au niveau actuel nous semble tout à fait réaliste. Dans les conditions actuelles, nous y verrions une opportunité pour une orientation de nouveau plus agressive du portefeuille.»

2. Les marchés des matières premières redeviennent-ils attractifs ? L’or brillera-t-il à nouveau en 2014 ?

M.G. «La situation de bien des pays émergents reste problématique. Leur balance des paiements courants est négative. De l’argent ne cesse de refluer de ces pays, parce que les importations et la consommation dépassent les exportations. Les monnaies sont par ailleurs sous pression, car la Réserve fédérale américaine opte pour une politique monétaire plus restrictive. Cette tendance baissière est renforcée par le changement radical qui s’opère dans le secteur américain de l’énergie. Pendant des décennies, les Etats-Unis ont importé du pétrole des pays émergents, alors que le boom de la fracturation hydraulique les conduit à présent à réduire considérablement leurs achats. Nous ne prévoyons donc aucune hausse notable du prix du pétrole. En raison du regain de volatilité sur les marchés des actions, l’or pourrait en revanche retrouver prochainement les faveurs des investisseurs et atteindre USD 1400/once. Nous pensons toutefois que le moment serait alors venu de se défaire de cet investissement. Notre prévision se situe autour de USD 1300/once pour fin 2014.»

3. Les actions de pays émergents ne conviennent-elles qu’aux investisseurs qui ont les nerfs solides ?

M.G. «Les spécialistes des actions de pays émergents pensent de plus en plus qu’elles sont intéressantes. Cependant, les investisseurs continuent à faire preuve de retenue. Chez nous aussi, les actions de pays émergents sont fortement sous-pondérées et cela devrait perdurer. Nous ne tenons pas à rattraper un couteau en pleine chute («Never catch a falling knife»). Dans une situation de correction suivie de consolidation, un investissement en actions de pays émergents pourrait à nouveau être envisagé.»

4. Quels sont les risques sur le marché immobilier ?

M.G. «Le marché immobilier américain était considéré comme l’épicentre de la crise financière qui n’a pas fini de se faire sentir. Ces images sont encore dans toutes les têtes. Il n’est donc guère surprenant que les observateurs estiment que nous nous dirigeons vers une nouvelle crise immobilière. Après une phase de reprise au cours de laquelle le marché s’est fortement redressé, il connaît une nouvelle période de faiblesse depuis le dernier semestre 2013. Les prix de l’immobilier et les taux de refinancement ont sensiblement augmenté et les conditions climatiques ont encore ralenti les projets de construction. Les prix de l’immobilier ont augmenté jusqu’à 14 % en 2013 dans les 20 plus grandes villes des Etats-Unis.

La surchauffe du marché immobilier s’est aussi légèrement accrue en Suisse au quatrième trimestre 2013. L’augmentation du volant anticyclique de fonds propres de 1 % à 2 % décidée par la BNS en janvier 2014 a toutefois un effet modérateur sur la croissance hypothécaire. Il faudra cependant encore un certain temps pour que cela se répercute sur le marché immobilier. Nous pensons que le risque de bulle des prix est faible. Au cas où le marché subirait des corrections, celles-ci seraient sans doute régionales et limitées à quelques segments du marché. Une crise immobilière comme nous l’avons connue dans les années 1990 nous paraît peu probable.»